LA VOIX DE LA TRAHISON


Jésus choisit Judas pour qu'il soit l'un des Douze. Il devint le trésorier d'une troupe d'hommes réputés être les amis et les compagnons les plus fiables du Christ. Il fit partie d'un groupe intime qui avait le privilège d'occuper les sièges de première rangée lors de chaque miracle et de chaque enseignement.

Pourtant, Judas L'a trahi. Bien que le mot " traître " soit un mot très vilain, il lui seyait bien.

Des hommes comme Judas, il y en avait eu avant lui, et il y en aura encore, mais nul ne laissera un souvenir aussi méprisable.


Matthieu 26: | 14-16 | , | 47-50 | , | 27:3-5 |



Me voilà, debout au bord de cette falaise, une corde au cou. L'autre bout est attaché à cette grosse branche. Qu'est-ce qui a bien pu m'entraîner à un tel gâchis? Qu'est-ce qui m'a amené à un geste si désespéré?

Je sais que j'ai été un outil pour Satan. Il est entré dans mon coeur et dans mon esprit et il m'a complètement contrôlé. J'ai accepté de faire tout ce qu'il voulait que je fasse. Je sais aussi que j'ai été un pion dans les mains des chefs religieux. Impitoyablement, ils ont cherché une occasion pour arrêter Jésus sans créer une émeute. Je leur ai fourni cette occasion.

Voyez-vous, il n'y a personne d'autre à qui je voulais faire plus de mal qu'à Jésus. Pourquoi? Parce qu'Il me traitait avec une compassion si irraisonnée. Elle se reflétait dans ses yeux chaque fois qu'il manquait d'argent dans notre bourse. Il savait à quel point j'étais égoïste et critiqueur, me préoccupant toujours plus de moi-même que des autres. Et Il me traitait quand même avec bienveillance. J'avais honte; et de cette honte est venue la haine, haine qui m'a amené à cet arbre et à cette falaise.

Mais comprenez-moi bien. Ce n'est pas à cause des membres du Sanhédrin ni à cause des autres chefs religieux que je suis ici. Que je vive ou que je meure, ils s'en fichent bien. Ils m'ont payé mes trente pièces d'argent; je ne suis plus un souci pour eux. Ce n'est pas Satan non plus qui m'a forcé à venir ici. Il est probablement heureux de me voir mourir; encore là, ça n'a pas d'importance. Ils m'ont tous utilisé, mais je suis le seul responsable pour cette corde autour de mon cou.

La goutte qui a fait déborder le vase s'est produite lors du repas de la Pâque. Nous, les disciples de Jésus, étions réunis avec Lui dans une chambre haute pour l'observance de cette solennité. Autour de la table, notre conversation portait principalement sur les festivités des sept prochains jours. De temps à autre, quelqu'un se plaignait des Romains et de leur menace pour notre manière de vivre, mais on parlait surtout d'amour et de loyauté envers Jéhovah. J'avais beaucoup de misère à endurer ça.

Soudainement, Jésus a interrompu notre conversation et a révélé qu'un de nous le trahirait. On aurait pu entendre une mouche voler. Nous nous sommes tous regardés, abasourdis, et un après l'autre on s'est mis à Lui demander " Est-ce moi, Seigneur? " Jésus dit que le traître était celui qui trempait son pain avec Lui. Tous les yeux se sont tournés vers moi; ma main était dans le plat. Je l'ai retirée vivement, mais ça n'a fait aucune différence. Chacun savait que c'était moi, mais aucun ne dit un mot.

Ma colère s'est enflammée. Durant des mois j'avais caché la haine que je Lui vouais, et voilà qu'en un instant Il la révélait à tous. J'avais déjà convenu avec les principaux sacrificateurs d'un plan pour Le leur livrer. C'est avec une grande joie qu'ils avaient accepté mon offre. Je suis certain que Pierre et Jean et les autres ne savaient rien de cette entente, mais Jésus, Lui, le savait.

Encore une fois ses yeux ont rencontré les miens pendant qu'Il révélait mes intentions. Je n'en revenais pas qu'Il puisse encore me regarder avec tant de bonté. Pourquoi ne m'a-t-il pas dénoncé? Pourquoi ne m'a-t-il pas frappé? J'aurais pu comprendre ça. Mais, cet amour inébranlable pour moi - ça dépassait mon entendement.

Je n'en pouvais plus, il fallait que je parte de là. Je me suis levé d'un air indigné et me suis précipité hors de la chambre. Je me suis rendu tout droit chez les grands sacrificateurs pour leur dire qu'ils devaient faire vite. Une fois ma traîtrise connue, toute la ville en parlerait. " Nous devons agir maintenant, leur dis-je. " Ils furent d'accord.

Nous sommes allés ensemble chez Pilate requérir un détachement de soldats romains pour nous accompagner à Gethsémané, parce que nous pensions que les disciples de Jésus pourraient déclencher une bataille. Pilate hésita tout d'abord, puis il nous accorda notre demande. En réalité, je n'étais même pas certain que Jésus serait dans le jardin, mais c'était une coutume pour Lui et ses disciples de s'y rendre. Il aimait y aller pour prier dans la paix et la solitude des oliviers.

Nous sommes passés par les rues étroites sous le couvert de la noirceur, les soldats romains, les gardes du temple juif, les principaux sacrificateurs, les anciens du peuple, et moi en tête. Ma haine s'était désormais changée en peur. Et si ça devait mal tourner?

Lorsque nous sommes arrivés à Gethsémané, Il était là, en train de prier. En premier, Il paraissait être seul. Puis j'ai remarqué comme des formes blotties à ses pieds. Ses disciples semblaient s'être endormis, et Il s'apprêtait à les réveiller lorsque nous sommes arrivés.

Je suis rapidement sorti de l'obscurité. J'avais hâte d'en finir. Nos torches n'éclairaient pas beaucoup, et c'est pourquoi j'avais fixé à l'avance un signe par lequel j'identifierais Jésus dans la noirceur. Maintenant que j'y pense, je réalise à quel point ce signal fut traître et cruel. Je L'ai embrassé sur la joue et L'ai appelé "Rabbi". J'ai l'impression que dans les générations à venir beaucoup de personnes réagiront avec horreur et colère à cause de ce que j'ai fait. J'ai trahi le Seigneur avec un baiser.

Alors me voici, debout au bord de cette falaise. Depuis le début j'ai été un lâche, et maintenait j'essaie de rassembler assez de courage pour poser ce dernier geste de lâcheté. Si seulement je pouvais Le regarder dans les yeux une autre fois et y voir la compassion et le pardon, mais c'est trop tard.




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Une production française de

le 20 février 1996
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