Il n'y a pas pire tromperie que celle qu'on s'inflige à soi-même. Les principaux sacrificateurs pensaient qu'ils pouvaient tromper le monde au sujet de la vraie nature de Jésus, et c'est ce qui est arrivé à plusieurs. Mais en fin de compte, c'est eux-mêmes qu'ils ont trompés en pensant qu'ils pouvaient contrecarrer le plan de Dieu pour le salut.

Matthieu 27:62-66 ; 28:11-15




Je m'appelle Abischua. Mes amis et moi sommes les principaux sacrificateurs à Jérusalem. Nous sommes responsables des charges du temple, et, avec les scribes, nous sommes les dirigeants religieux les plus puissants de Jérusalem.

Nul n'oserait questionner notre autorité en tant que directeurs liturgiques d'Israël. Tous connaissent notre lignée. Depuis Aaron jusqu'à maintenant, nous sommes les outils choisis de Dieu, ses ministres officiels. Nous, et nous seuls, sommes les représentants du peuple auprès de Jéhovah. Il n'y a pas de discussion possible là-dessus, et nous n'avons pas de temps à perdre avec les intrus.

C'est pourquoi cette situation avec Jésus nous contrariait tellement. Ses enseignements perturbaient les gens sans compter qu'ils dérangeaient nos pratiques dans le temple. Il était un radical; il ne fallait pas que les gens l'écoutent.

Il y en avait eu d'autre avant Lui, bien sûr, mais aucun aussi dangereux. Ses disciples grandissaient en nombre et militaient de plus en plus activement dans leur croyance qu'Il était le Messie que nous attendions depuis si longtemps. On ne pouvait pas tolérer cette menace sur notre autorité. Il fallait faire quelque chose, et ç'est à nous que cette tâche incombait.

Jésus de Nazareth est apparu sur la scène plutôt rapidement. Les foules étaient petites lorsqu'il fut baptisé dans le Jourdain par Jean, cet espèce de non-conformiste. Mais ces foules se sont gonflées en des centaines de personnes, des milliers parfois. Il fallait que nous arrêtions cet homme.

Nous avons manigancé sa mort durant des mois. Ça vous surprend? Ça vous dérange que des ministres de la maison de Dieu planifient l'exécution d'un rival? Ne soyez pas surpris. En surface on peut se comporter d'un air digne, mais nous ne sommes pas immunisés contre les attitudes vengeresses et lamentables qui tourmentent nos coeurs. Permettez-moi de l'exprimer sans ménagements, nous tenions à ce qu'Il meure. Nous étions assoiffés du sang de Jésus.

Il avait guéri la main desséchée d'un homme un jour de Sabbat: comment pouvait-il oser se proclamer Seigneur du Sabbat? Il est venu à Jérusalem et Il a chassé du temple ceux qui y faisaient le change, quelque chose que nous aurions dû faire nous-mêmes. Il nous a rendus ridicules. Il parlait en des paraboles que les foules ne comprenaient pas toujours, mais nous savions qu'Il parlait de nous.

Oui, notre complot pour le tuer était en marche de puis longtemps. Lorsqu'un de ses disciples vint nous offrir de le trahir, nous avons vu la chance de nous débarrasser enfin de ce fauteur de troubles. Le traître s'appelait Judas, un homme de Karioth, et il était fatigué de toute cette morale sur l'amour et le pardon. C'était évident qu'il haïssait Jésus, peut-être pas autant que nous, mais il Le haïssait quand même. Il nous Le livrerait pour seulement trente pièces d'argent. Toute une aubaine. Le complot devint alors plus sérieux.

Nous venions à peine de terminer notre repas lorsque Judas frappa à la porte. Il arrivait directement d'une salle où Jésus et ses disciples s'étaient réunis. Judas nous dit qu'ils quitteraient bientôt cette salle et que vraisemblablement ils iraient au Jardin de Gethsémané en passant par la Porte de l'Est. L'horloge était en marche, et les détails de notre complot de la Pâque prenaient forme.

Judas nous dirigea jusqu'au jardin. Là il embrassa Jésus dans un geste de trahison. Nous avons ordonné que Jésus soit lié et qu'Il soit emmené à la résidence du souverain sacrificateur. Il y fut entendu en pré-audience par Anne, et plus tard c'est devant Caïphe qu'Il comparut pour répondre aux accusations que nous portions contre lui.

Mes amis et moi avions soigneusement machiné ce " procès ". Sachant que nous ne possédions aucune accusation légitime contre Jésus, nous avions alors payé des faux témoins pour qu'ils portent témoignage. Tous ils L'ont condamné comme méritant la mort. Les membres du sanhédrin en convinrent. Bien, tous sauf quelques-uns; Joseph essaya bien de dire quelques mots pour défendre Jésus, mais faiblement. Notre plan fonctionnait à merveille.

Les chefs des prêtres emmenèrent Jésus chez le gouverneur Pilate pour que celui-ci rende la sentence et le châtiment. À nos accusations inventées de toutes pièces nous avons ajouté ce qui pourrait sembler être des allégations légitimes. Pilate serait obligé de nous croire. Nous savions qu'il nous méprisait tout comme nous-mêmes le méprisions, mais nous haïssions Jésus encore plus.

C'est au point du jour que nous sommes arrivés à la résidence du gouverneur. À cor et à cri nous avons réclamé une audience. La paupière lourde et désintéressé, Pilate a tout de même écouté nos accusations. À maintes reprises il a adopté la position que Jésus n'avait rien fait de mal. Ce n'était pas acceptable; c'est sa mort que nous voulions. Nous avions payé un disciple pour qu'il Le trahisse. Nous avions payé des témoins pour qu'ils mentent à son sujet. Nous étions rendus trop loin pour revenir en arrière maintenant.

Nous nous sommes éparpillés parmi la foule en attendant la décision de Pilate. Lorsqu'il est apparu, nous qui avions élevé nos voix pour tromper, les élevions maintenant pour défier. " Crucifie ! crucifie-Le! " Nous avons entrepris de scander ces mots qui furent repris en vagues par la foule. Il fallait que Jésus meure. Nous avions passé trop de temps dans notre complot. On ne pouvait pas Le laisser échapper maintenant.

Notre plan a réussi. Pilate a abandonné Jésus à la foule. Les soldats romains l'emmenèrent au lieu du crâne où ils le crucifièrent comme un vulgaire criminel. Nous ressentions un sentiment d'accomplissement. Puis quelque chose s'est produit.

Pilate rédigea un écriteau pour placer au-dessus de la tête de Jésus. Le gouverneur l'écrivit en araméen, en latin et en grec pour que tous puissent le lire. Dessus, c'était écrit: " Jésus de Nazareth, le roi des Juifs ". Immédiatement nous nous sommes objectés: " N'écris pas: le roi des Juifs. Mais, à la place, écris qu'Il a dit: Je suis le roi des Juifs. " Mais Pilate maintint sa décision et refusa.

Nous avons réussi à amener Jésus sur la croix, mais j'ai eu comme l'impression qu'Il nous avait battus. Nous étions jubilants. Il était authentique. Il était honorable. Nous étions vicieux. Il fut vainqueur. Lorsque nous L'avons élevé sur la croix, nous nous sommes abaissés.

De nombreuses voix se sont fait entendre à Jérusalem ce jour-là, mais aucune ne fut aussi trompeuse que la nôtre. Quelquefois je hais être un principal sacrificateur.




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Une production française de

le 20 février 1996
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