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LA VOIX DE
LA CONDAMNATION


Ceux qui exercent le pouvoir ne sont pas toujours ceux qui occupent la fonction. Caïphe était le souverain sacrificateur dans le temps de l'arrestation de Jésus, mais en réalité il n'était qu'une marionnette dans la main de son beau-père, Anne. À cause de liens familiaux et pour d'autres raisons pratiques, Caïphe choisit de faire la volonté des autres plutôt que de faire ce qui était juste. C'est ainsi que sa voix condamna un homme innocent.

Matthieu 26:59-68


Je me rappelle cette nuit bien clairement. Une foule pêle-mêle surgit dans la cour de ma résidence. Ils détenaient un homme qu'ils avaient arrêté et lié. Ils avaient fait un premier arrêt à la propriété de Anne, mon beau-père. J'étais habitué à ça, ça ne me dérangeait presque plus. Chaque fois qu'un de mes compatriotes avait un différend avec un d'autre, ils venaient me voir pour l'audition de leur cause, mais pas avant avoir vu Anne.

Le gouverneur Quirinius avait nommé mon beau-père souverain sacrificateur pour une période de neuf ans. Avec l'arrivée d'un nouveau gouverneur, Anne fut démis. Il y a quinze ans de cela, mais il est tout de même demeuré le membre dominant de la machine hiérarchique juive. Anne est un manipulateur astucieux et un adversaire impitoyable. Je ne voudrais pas être dans ses mauvaises grâces. On m'a déjà qualifié d'insolent, de rusé et d'hypocrite, mais je ne suis pas de taille avec mon beau-père. Je sais que j'ai le titre, mais il a le pouvoir.

L'homme amené cette nuit-là par une foule en colère était Jésus de Nazareth. J'avais entendu parler de lui. C'était un prédicateur itinérant. Quelques-uns disaient qu'Il était un prophète. La rumeur circulait même qu'Il pouvait être le Messie. Tout ça pour moi c'était des absurdités.

Il était tard, aux environs de minuit, et j'étais déjà au lit. Il semble qu'Anne fut encore debout. Il passa juste assez de temps avec le prisonnier pour me permettre de m'habiller et de descendre dans le hall d'entrée où je rencontrai les principaux sacrificateurs. Les anciens du peuple et quelques membres du sanhédrin étaient déjà arrivés. Ils me dirent que Jésus de Nazareth était un blasphémateur et que Sa cause requérait mon attention immédiate. Cette affaire-là ne m'intéressait pas particulièrement, étant donné qu'on était au milieu de la nuit. Tout de même, je consentis à entendre leur plainte.

Notre réunion convoquée de façon plutôt précipitée eut lieu quelques minutes plus tard. Le sanhédrin entendit la déposition contre Jésus. Les arguments étaient de piètre valeur. Son audience préliminaire avec mon beau-père n'avait rien révélé qui pouvait L'incriminer. Nous décidâmes qu'il fallait obtenir plus de preuves si on voulait que l'accusation soit maintenue. Du reste, dans notre précipitation les membres du sanhédrin n'étaient pas tous présents.

Je décidai d'ajourner l'enquête, et de la reprendre quelques heures plus tard. Franchement, j'espérais qu'il s'en irait. Mais comme ça ne semblait pas devoir arriver, j'ordonnai à mes hommes de descendre Jésus au donjon, au niveau inférieur de ma maison. On l'y détiendrait enchaîné, dans ces lieux humides et froids, jusqu'à ce que l'on ait fini d'assembler la preuve.

Au matin, un peu après l'aurore, nous nous réunîmes de nouveau. Tous les membres du conseil étaient présents, en plus des anciens du peuple, de chefs des prêtres et des scribes. Des témoins furent présentés qui prétendirent avoir entendu Jésus faire des déclarations blasphématoires, mais ils ne pouvaient pas s'entendre sur ce qu'Il avait pu dire. Leurs histoires étaient pleines de trous et se contredisaient les unes les autres.

Il était évident que leurs témoignages n'allaient convaincre personne. Le procès était en train de tourner rapidement au fiasco.

C'est alors qu'un membre du sanhédrin Lui a demandé: " Si tu es le Christ, dis-le nous. "

Et vlan! La question avait été posée à Jésus de façon directe. Sa réponse ne fut pas aussi directe. Il dit: " Si je vous le dis, vous ne le croirez point. " Ensuite Il dit quelque chose au sujet du Fils de l'homme qui sera assis à la droite de Dieu. Ceci rendit le sanhédrin furieux. L'un d'eux lui demanda: " Tu es donc le Fils de Dieu? " Cette fois, sa réponse fut très directe: " Je le suis. "

La foule se révolta. Ils déchirèrent leurs vêtements et lui lancèrent des injures. " Blasphémateur! " " Traître! " " Païen! " Cependant, Il demeura silencieux à chaque accusation. Certains le frappèrent à coups de poings et lui crachèrent dans la face. Il demeurait impassible. Son sang-froid me sidéra.

Pendant que la frénésie grandissait chez le sanhédrin, la peur et le doute me saisirent le coeur. Peu importe ce que ces hommes pouvaient penser, je savais que toute l'affaire n'avait pas d'allure. Comment pouvions-nous espérer nous en tirer? Ce n'était pas un procès. C'était une imposture. Notre loi ne permet pas que l'on tienne un procès la nuit, et pourtant nous avions passé la nuit à tenter de trouver des preuves contre Jésus. Qui plus est, nous savions tous que toute cette situation s'était produite parce que nous avions payé le prix du sang à un des disciples de Jésus. Nous avions même demandé au défendeur de s'incriminer lui-même, ce qui est défendu par la loi. Maintenant, ils s'attendaient à ce que je prononce une condamnation, et je savais que ça ne pouvait pas se faire légalement avant le lendemain du jour où l'accusé est déclaré coupable. A quoi pensions-nous? Qu'est-ce qu'on dirait de cette farce dans les années à venir?

Mon beau-père me surveillait. Je sentais son regard d'acier me transpercer. Je savais que c'était seulement à cause de son pouvoir et de son influence que j'avais été élu souverain sacrificateur. Est-ce que je devrais exécuter ses souhaits et faire plaisir aux principaux sacrificateurs, ou est-ce que je devrais m'élever à un plus sens plus haut de justice et rejeter la cause? Je n'avais pas le choix. Ce Juif ne représentait rien pour moi; mon beau-père, tout.

Oui, je suis une des douze voix de Pâques. Ma voix est la voix de la condamnation. C'est ma voix qui a déclaré coupable de blasphème ce Nazaréen innocent. Quel autre choix est-ce que j'avais?




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Une production française de

le 20 février 1996
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