LA VOIX DE
L'ÉCHAPPATOIRE



Matthieu 27:11-26 Matthieu 27:11-26



Esquiver la question. Éviter l'affrontement. Choisir le chemin où il y a le moins d'opposition. De telles façons peuvent fonctionner avec la politique, mais pas avec Jésus. Pilate a appris trop tard que, ne pas prendre de décision pour Jésus, c'est prendre une décision contre Lui.


Le printemps était arrivé à Jérusalem, la saison pour me sortir du corps les relents d'un hiver dans ces terres stériles. Si je pouvais seulement passer au travers du festival de la Pâque. Si seulement ces Juifs pouvaient me laisser tranquille et ne pas me créer de problèmes durant leur semaine de célébration. Alors je pourrais rentrer à mon palais à Césarée et respirer les bonnes bouffées de l'air marin de la Méditerranée. Peut-être que ce serait différent ce printemps. Peut-être que les Juifs ne causeraient pas de soucis.

Je n'ai jamais été populaire auprès de ces gens, et je m'en fiche éperdument. Tout ce qui les concerne me tape sur les nerfs, notamment leurs convictions religieuse et leur obsession acharnée de la tradition. Il m'est souvent arrivé de faire des choses juste pour les faire fâcher, pour leur rendre la vie aussi misérable qu'ils me la rendaient. J'avais quand même effectué le trajet jusqu'à Jérusalem. Je voulais faire en sorte que cette race de casse-pieds ne perde pas contrôle durant la Pâque.

C'était vendredi matin, juste après le lever du soleil. Je vis le sanhédrin, les chefs des prêtres et les anciens qui s'en venaient vers les quartiers où j'habitais. Ils semblaient particulièrement agités ce jour-là. Le seul qui semblait calme et paisible était l'homme enchaîné qu'ils emmenaient avec eux. Cet homme était Jésus de Nazareth. Les dirigeants religieux L'accusaient d'induire le peuple juif en erreur, de les inciter à ne pas payer de taxes à César, et de se dire être leur Messie. Ces Juifs, qui détestaient payer des taxes à Rome, accusaient un des leurs de les encourager à ne pas en payer. Luc

L'homme se tint humblement devant moi. Je lui demandai s'Il était réellement le roi des Juifs. Je voulais que tout le monde entende le sarcasme dans ma voix. Je voulais qu'ils sachent à quel point je croyais que toute cette situation était ridicule. Mais ce n'est pas Lui que je ridiculisais; je ridiculisais le sanhédrin et les chefs des prêtres.

Il était évident que cet homme n'avait commis aucun crime sérieux, et c'est ce que je dis aux dirigeants juifs. Tout de même, ils s'acharnaient à répéter qu'Il soulevait le peuple, spécialement en Galilée.

Je ne voulais pas avoir affaire à Jésus, et quand j'ai entendu qu'Il était de Galilée, j'ai vu l'occasion de me sortir en douce de cette responsabilité. La Galilée relevait de la juridiction de Hérode Antipas qui était justement en visite à Jérusalem. J'ai immédiatement envoyé cette bande de prêtres en colère chez lui. Je haïssais Hérode presque autant que je haïssais les Juifs, et j'étais content de me débarrasser de mon problème et lui en créant un.

Par malheur, ma joie fut de courte durée. Hérode voulait Jésus parce qu'Il avait entendu dire qu'Il avait fait de nombreux miracles. Mais d'emblée il se mit à se moquer de ce Nazaréen, et c'est ce que les autres firent aussi. Il le revêtit d'un vêtement magnifique, et, avec un rire méprisant, Le renvoya à ma cour de justice. Luc

Encore une fois les chefs des prêtres et les dirigeants retournèrent vers mois pour obtenir un jugement. J'ai fait tout ce qui était imaginable pour esquiver la question. Ils réclamaient le sang de Jésus. Je ne pensais pas qu'ils auraient le courage d'insister pour la crucifixion. Alors, après un autre interrogatoire, je leur ai fait part de mes conclusions: " Je ne trouve rien en cet homme qui justifie les accusations que vous portez contre lui. Il n'a rien fait qui mérite la peine de mort. " D'un ton provoquant ils refusèrent d'accepter mon verdict.

Ça m'irritait. Je voulais me débarrasser de cette corvée. Je désirais en avoir fini. J'avais essayé de retourner Jésus au sanhédrin, mais ça n'avait pas marché. J'avais tenté de forcer Hérode à s'occuper de l'affaire, mais ça aussi ça avait raté. finalement, je leur proposai un compromis.

J'avais la coutume dans le passé de leur relâcher un prisonnier chaque année dans le temps de la Pâque. Quoique je les haïssais, dans le fond j'avais réellement peur d'eux, et cette libération les apaisait. Je désirais relâcher Jésus, mais les chefs des prêtres ne voulaient rien savoir de ça. Ils poussèrent la foule à réclamer Barabbas, un voleur et un meurtrier, à la place de Jésus. Je n'en croyais pas mes oreilles. Qu'ils Le haïssaient donc! Encore une fois, je manquais mon coup dans mes efforts pour éluder la question.

Je relâchai Barabbas, mais qu'est-ce que je devrais faire de Jésus? Je pensai que si je le faisais battre, - vous savez, juste le brasser un peu fort - et que je le relâchais, sûrement que ça contenterait les Juifs. J'ordonnai de flageller Jésus, de le frapper avec un fouet fait de lanières de cuir. Au bout de chaque lanière il y avait des morceaux de plomb ou de cuivre et même des éclats d'os pointus pour que ça fasse plus mal. Mes soldats lui découvrirent le dos et entreprirent de Le flageller. Chaque coup de fouet Lui fendait la peau et mettait au jour les veines et les artères profondes. C'était un châtiment bien cruel, mais c'était mieux que de se faire crucifier. Ça rassasierait sûrement ces prêtres assoiffés de sang. Jean

Mais non! Je présentai Jésus à la foule hurlante, exprimant pour la troisième fois que je doutais sérieusement qu'Il soit coupable de quoi que ce soit qui Lui méritait la mort. Malgré ça, la foule commença à crier: " Crucifie-Le, crucifie-Le, crucifie-Le! " Leur acharnement irréductible me fit trembler et me fit frissonner. En vérité, cet homme Jésus méritait mieux que ça.

Je savais ce qui était juste. Je savais ce que je devais faire, mais je n'ai pas eu le courage de le faire. Je voulais juste en finir avec tout ça. Et il semblait que le seul moyen c'était de livrer Jésus à la foule. J'ai demandé qu'on m'apporte une cuvette d'eau. Je me suis lavé les mains à Son sujet, et je L'ai remis à la cohue. Ils mirent une croix sur le dos de Jésus et l'emmenèrent hors de la ville, au mont du Crâne.

Enfin, c'était terminé. Je croyais pouvoir demeurer neutre au sujet de Jésus. Mais c'est impossible. Lorsque vous rencontrez cet homme, vous devez choisir de quel côté vous ranger. J'ai peur d'avoir choisi le mauvais côté.

J'ai cédé à l'intimidation des chefs des prêtres. J'ai tergiversé. Je n'ai pas eu le courage de rendre justice. J'aurais dû élever ma voix, mais je ne l'ai pas fait. Seulement, ma voix fut la voix de l'échappatoire. En tant que politicien j'étais habitué de faire des compromis. Mais ça, ce n'était pas du compromis. C'était de la couardise.




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Une production française de

le 28 février 1996
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