
| Esquiver la question. Éviter l'affrontement. Choisir le chemin où il y a le moins d'opposition. De telles façons peuvent fonctionner avec la politique, mais pas avec Jésus. Pilate a appris trop tard que, ne pas prendre de décision pour Jésus, c'est prendre une décision contre Lui. |
Le printemps était arrivé à Jérusalem,
la saison pour me sortir du corps les relents d'un hiver dans
ces terres stériles. Si je pouvais seulement passer au
travers du festival de la Pâque. Si seulement ces Juifs
pouvaient me laisser tranquille et ne pas me créer de problèmes
durant leur semaine de célébration. Alors je pourrais
rentrer à mon palais à Césarée et
respirer les bonnes bouffées de l'air marin de la Méditerranée.
Peut-être que ce serait différent ce printemps. Peut-être
que les Juifs ne causeraient pas de soucis.
Je n'ai jamais été populaire auprès de ces
gens, et je m'en fiche éperdument. Tout ce qui les concerne
me tape sur les nerfs, notamment leurs convictions religieuse
et leur obsession acharnée de la tradition. Il m'est souvent
arrivé de faire des choses juste pour les faire fâcher,
pour leur rendre la vie aussi misérable qu'ils me la rendaient.
J'avais quand même effectué le trajet jusqu'à
Jérusalem. Je voulais faire en sorte que cette race de
casse-pieds ne perde pas contrôle durant la Pâque.
C'était vendredi matin, juste après le lever du
soleil. Je vis le sanhédrin, les chefs des prêtres
et les anciens qui s'en venaient vers les quartiers où
j'habitais. Ils semblaient particulièrement agités
ce jour-là. Le seul qui semblait calme et paisible était
l'homme enchaîné qu'ils emmenaient avec eux. Cet homme
était Jésus de Nazareth. Les dirigeants religieux
L'accusaient d'induire le peuple juif en erreur, de les inciter
à ne pas payer de taxes à César, et de se
dire être leur Messie. Ces Juifs, qui détestaient
payer des taxes à Rome, accusaient un des leurs de les
encourager à ne pas en payer.
L'homme se tint humblement devant moi. Je lui demandai s'Il était
réellement le roi des Juifs. Je voulais que tout le monde
entende le sarcasme dans ma voix. Je voulais qu'ils sachent à
quel point je croyais que toute cette situation était ridicule.
Mais ce n'est pas Lui que je ridiculisais; je ridiculisais le
sanhédrin et les chefs des prêtres.
Il était évident que cet homme n'avait commis aucun
crime sérieux, et c'est ce que je dis aux dirigeants juifs.
Tout de même, ils s'acharnaient à répéter
qu'Il soulevait le peuple, spécialement en Galilée.
Je ne voulais pas avoir affaire à Jésus, et quand
j'ai entendu qu'Il était de Galilée, j'ai vu l'occasion
de me sortir en douce de cette responsabilité. La Galilée
relevait de la juridiction de Hérode Antipas qui était
justement en visite à Jérusalem. J'ai immédiatement
envoyé cette bande de prêtres en colère chez
lui. Je haïssais Hérode presque autant que je haïssais
les Juifs, et j'étais content de me débarrasser
de mon problème et lui en créant un.
Par malheur, ma joie fut de courte durée. Hérode
voulait Jésus parce qu'Il avait entendu dire qu'Il avait
fait de nombreux miracles. Mais d'emblée il se mit à
se moquer de ce Nazaréen, et c'est ce que les autres firent
aussi. Il le revêtit d'un vêtement magnifique, et,
avec un rire méprisant, Le renvoya à ma cour de
justice.
Encore une fois les chefs des prêtres et les dirigeants
retournèrent vers mois pour obtenir un jugement. J'ai fait
tout ce qui était imaginable pour esquiver la question.
Ils réclamaient le sang de Jésus. Je ne pensais
pas qu'ils auraient le courage d'insister pour la crucifixion.
Alors, après un autre interrogatoire, je leur ai fait part
de mes conclusions: " Je ne trouve rien en cet homme qui
justifie les accusations que vous portez contre lui. Il n'a rien
fait qui mérite la peine de mort. " D'un ton provoquant
ils refusèrent d'accepter mon verdict.
Ça m'irritait. Je voulais me débarrasser de cette
corvée. Je désirais en avoir fini. J'avais essayé
de retourner Jésus au sanhédrin, mais ça
n'avait pas marché. J'avais tenté de forcer Hérode
à s'occuper de l'affaire, mais ça aussi ça
avait raté. finalement, je leur proposai un compromis.
J'avais la coutume dans le passé de leur relâcher
un prisonnier chaque année dans le temps de la Pâque.
Quoique je les haïssais, dans le fond j'avais réellement
peur d'eux, et cette libération les apaisait. Je désirais
relâcher Jésus, mais les chefs des prêtres
ne voulaient rien savoir de ça. Ils poussèrent la
foule à réclamer Barabbas, un voleur et un meurtrier,
à la place de Jésus. Je n'en croyais pas mes oreilles.
Qu'ils Le haïssaient donc! Encore une fois, je manquais mon
coup dans mes efforts pour éluder la question.
Je relâchai Barabbas, mais qu'est-ce que je devrais faire
de Jésus? Je pensai que si je le faisais battre, - vous
savez, juste le brasser un peu fort - et que je le relâchais,
sûrement que ça contenterait les Juifs. J'ordonnai
de flageller Jésus, de le frapper avec un fouet fait de
lanières de cuir. Au bout de chaque lanière il y
avait des morceaux de plomb ou de cuivre et même des éclats
d'os pointus pour que ça fasse plus mal. Mes soldats lui
découvrirent le dos et entreprirent de Le flageller. Chaque
coup de fouet Lui fendait la peau et mettait au jour les veines
et les artères profondes. C'était un châtiment
bien cruel, mais c'était mieux que de se faire crucifier.
Ça rassasierait sûrement ces prêtres assoiffés
de sang.
Mais non! Je présentai Jésus à la foule hurlante,
exprimant pour la troisième fois que je doutais sérieusement
qu'Il soit coupable de quoi que ce soit qui Lui méritait
la mort. Malgré ça, la foule commença à
crier: " Crucifie-Le, crucifie-Le, crucifie-Le! " Leur
acharnement irréductible me fit trembler et me fit frissonner.
En vérité, cet homme Jésus méritait
mieux que ça.
Je savais ce qui était juste. Je savais ce que je devais
faire, mais je n'ai pas eu le courage de le faire. Je voulais
juste en finir avec tout ça. Et il semblait que le seul
moyen c'était de livrer Jésus à la foule.
J'ai demandé qu'on m'apporte une cuvette d'eau. Je me suis
lavé les mains à Son sujet, et je L'ai remis à
la cohue. Ils mirent une croix sur le dos de Jésus et l'emmenèrent
hors de la ville, au mont du Crâne.
Enfin, c'était terminé. Je croyais pouvoir demeurer
neutre au sujet de Jésus. Mais c'est impossible. Lorsque
vous rencontrez cet homme, vous devez choisir de quel côté
vous ranger. J'ai peur d'avoir choisi le mauvais côté.
J'ai cédé à l'intimidation des chefs des
prêtres. J'ai tergiversé. Je n'ai pas eu le courage
de rendre justice. J'aurais dû élever ma voix, mais
je ne l'ai pas fait. Seulement, ma voix fut la voix de l'échappatoire.
En tant que politicien j'étais habitué de faire
des compromis. Mais ça, ce n'était pas du compromis.
C'était de la couardise.
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