La haine possède mille visages, mais tous sont répugnants. La cohue massée devant la salle du tribunal de Pilate était chargée d'une haine à ce point répugnante que ça se sentait dans l'air.
Et au nom de la haine, le Seigneur de gloire fut condamné à mourir.


Matthieu 27: 15-26




Nous ne sommes pas fiers de notre coup, mais nous faisions partie de la cohue à l'occasion de cet horrible week-end. Les Juifs étaient venus en ville de partout pour célébrer la Pâque. Mais on aurait dit que la foule s'attendait à ce que quelque chose se produise qui sortirait de l'ordinaire. Nous étions bien loin de réaliser à quel point les événements de ce week-end seraient extraordinaires.


Voici notre histoire . . .



Tard un soir, alors que nous nous baladions dans les rues, nous aperçûmes des prêtres qui se hâtaient vers la forteresse romaine d'Antonio. Ils avaient la méchanceté dans l'oeil et le meurtre dans l'esprit. Ils s'adjoignirent un détachement de soldats et se dirigèrent vers le périmètre est de la ville. Comme nous voulions savoir ce qui se tramait, nous les suivîmes.

Il faisait noir. Les torches portées par la cohue fournissaient la seule lumière disponible. En arrivant à Gethsémané, nous Le vîmes, Celui que les chefs des prêtres recherchaient, Jésus de Nazareth. Il ne nous parut pas menaçant. En fait, Il venait de prier dans le jardin. Il vint vers nous avec des salutations de paix. Nous, nous vînmes vers Lui avec des torches, des épées et des bâtons.

Sans tarder, ils mirent Jésus aux arrêts et L'emmenèrent au palais du souverain sacrificateur. Au cours de ce périple dans les rues sombres de Jérusalem, nous décidèrent de ne pas nous mêler de ça et de nous séparer de la cohue. Nous nous esquivâmes tout simplement dans une ruelle mal éclairée.

Le lendemain, il y avait du chahut dans la rue près de la forteresse. La cohue s'était formée de nouveau et nous voulûmes savoir ce qui se passait. Nous nous joignîmes à la foule devant la cour du tribunal du gouverneur. Pilate s'y tenait avec Jésus. Celui-ci avait été battu et était tout ensanglanté. Malgré cela, Il avait un visage empreint d'une paisible confiance et ses yeux avaient un profond regard de compassion.

Pilate s'adressa à la cohue: " Je ne trouve rien de mal en cet homme. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse de Lui? " Alors , la cruauté prit place. Les souverains sacrificateurs commencèrent à hurler: " Crucifie-Le! Crucifie-Le! ", ce que la foule entreprit aussitôt de scander. C'était bruyant et sinistre. " Crucifie-Le! Crucifie-Le! Tue-Le! Il mérite la mort! " Leur colère était tellement contagieuse que nous nous sommes pris à haïr un homme que nous ne connaissions même pas.

Finalement, Pilate livra Jésus à la foule. On lui fit transporter sa croix pour sortir de la ville et se rendre à Golgotha. Quel spectacle pénible. Notre haine s'amplifiait à mesure qu'Il avançait dans les rues étroites. Il avait été frappé si violemment et Il avait perdu tellement de sang qu'Il avait peine a se tenir debout. Puis Il s'écrasa sous le poids de la croix. Les soldats romains ordonnèrent à un cyrénéen nommé Simon de la transporter pour Lui. Tous ensemble nous criâmes des injures à Jésus. Pour qui se prenait-Il celui-là? Roi des Juifs? Fils de Dieu? De quel droit faisait-Il de telles déclarations?

Nous formions une cohue disparate. Des hommes comme nous maudissaient l'homme qu'on s'apprêtait à accrocher à la croix. Les soldats romains avaient du mal à garder un contrôle sur la foule. Les chefs des prêtres et les Pharisiens se paradaient dans les rues dans avec complaisance dans leurs robes longues. Il y avait aussi quelques femmes qui se frappaient la poitrine et qui gémissaient à cause de ce qui était fait à Jésus. A entendre leurs grands sanglots déchirants, on devinait qu'elles étaient de Ses disciples. Mais nous enterrions leurs appels à mettre fin à cette brutalité. Aujourd'hui, c'est à notre façon que ça se passerait.

Nous arrivâmes finalement au lieu que les romains appellent Calvaire. C'est là qu'on crucifiait les vulgaires criminels en les suspendant sur des croix un peu au-dessus du sol jusqu'à ce qu'ils meurent. Les soldats crucifièrent Jésus à la croix, la redressèrent, et la laissèrent tomber brutalement dans un trou On entendit le Nazaréen gémir alors que le poids de son corps tirait fort sur les clous dans ses mains et dans ses pieds. On était maintenant rendu au milieu de la matinée, il était environ 9 heures.

La foule foule lançait des injures, des huées et des sarcasmes à Jésus. Les chefs religieux juifs se moquaient de Lui. Les soldats romains le ridiculisaient. L'air était saturé d'une haine accablante. A quel point voulions-nous sa mort! Quel plaisir pour nous que sa mort fut si douloureuse!

Mais cet homme avait quelque chose de différent. A plusieurs reprises il parla du haut de la croix. Toujours sans colère ni rancune. Il parla à un des voleurs suspendu à côté de Lui. Il parla à une femme qui semblait être sa mère et à un homme qui était avec elle. Il fit une demande aux soldats. Il parut même adresser quelques commentaires en direction du ciel. Je crois L'avoir entendu parler du pardon de Son Père pour nous. Comment pouvait-il prier pour notre pardon après tout ce que nous Lui avions fait? Comment pouvait-Il nous rendre de l'amour en échange pour notre haine?

Nous nous sommes tous assis, sachant qu'il faudrait un peu de temps avant qu'Il meure. Ce devait être tout un spectacle de nous voir assis là, en train de regarder Jésus mourir.

Oui, nous faisions partie des douze voix de Pâques. Nous étions les voix de la haine qui criaient " Crucifie-Le! Crucifie-Le! " Nous l'avons ridiculisé pendant qu'Il sortait de la ville avec sa croix sur le dos. Nous nous sommes même unis à ceux qui Lui criaient de descendre de la croix pour nous prouver qu'Il était quelqu'un de spécial. Mais au moment où nous sommes arrivés notre pire, Il est arrivé à son meilleur.

Alors que nous donnions le pire de nous-mêmes, Il donnait le meilleur de Lui-même.

La haine fut incapable d'éteindre Son amour. Sur cette croix, Jésus était drôlement décidé à nous aimer. Il aima ceux qui Le crucifièrent. Peut-être ne comprendrons-nous jamais pourquoi.


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Une production française de

le 29 février 1996

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