Matthieu 27:57-60

Joseph d'Arimathée était un disciple clandestin de Jésus. Se basant sur ses observations personnelles, il était convaincu que ce prédicateur itinérant, originaire de Galilée, était aussi le Messie, le Fils de Dieu.
Il a toutefois fallu que Jésus-Christ meure sur la croix pour qu'il trouve le courage de déclarer son allégeance, franchement et ouvertement.




J'y étais cette nuit-là. C'était un vaudeville, un vrai cirque. Jamais je n'avais vu le Sanhédrin tant enflammé. La rage leur avait fait perdre contrôle.

C'était tout à fait inhabituel pour le haut tribunal juif. Pour débuter, nous avions été convoqués d'urgence à la résidence de Pilate. Dans la cour, il y avait la police du temple; à l'intérieur se trouvaient les juges et les législateurs d'Israël. En entrant, je fus surpris de voir devant moi un homme que j'étais venu à connaître et à admirer: Jésus de Nazareth. En fait, ma conclusion était que c'était Lui le Messie d'Israël, celui que nous attendions depuis longtemps. Même qu'Il était encore bien plus que ça.

Je L'avais observé quand Il parcourait les rues de Jérusalem. Je L'avais entendu prêcher dans le temple. Une conviction d'autorité s'exprimait de Lui. Plus j'écoutais, plus je croyais en Lui. Il disait qu'Il était venu pour sauver ceux qui étaient perdus, et en dépit du fait que j'étais un membre distingué du Sanhédrin, je savais que j'étais loin de Dieu. J'ai accueilli cet homme comme mon sauveur.

Mais je ne suis pas un homme brave. Je l'ai suivi dans le secret parce que j'avais peur que les autres membres du Sanhédrin soient mis au courant de ma foi. Si c'avait dû arriver, il y a des chances que j'aurais été mis à la porte du conseil. Qu'est-ce qu'un homme de mon âge pourrait bien faire? Je ne pourrais pas retourner à Arimathée. Je n'avais plus rien à faire dans cet endroit. Je ne pourrais plus subvenir à mes besoins. Alors, même si je croyais que Jésus était vraiment le Fils de Dieu, je n'en ai jamais parlé a personne.

Maintenant, Il se tenait devant moi. Des voix coléreuses riaient de Lui, et des faux témoins racontaient des mensonges à son sujet. Des membres du Sanhédrin soulevèrent des objections quant à la légalité de ce procès. Je participai à la discussion en m'exprimant avec timidité. La majorité l'emporta. Ils condamnèrent mon rabbin et l'envoyèrent chez Pilate qui rendrait sûrement une sentence de mort.

J'étais dans l'attente du royaume de Dieu, comme d'ailleurs de nombreux juifs fidèles (*). Je croyais vraiment que Jésus nous débarasserait des envahisseurs romains et qu'Il établirait ce royaume. Maintenant, mes espoirs étaient ruinés. Pilate l'envoya au lieu du crâne, où ils le crucifièrent. Pendant qu'Il pendait à la croix, en proie à de profondes souffrances, je me tenais dans l'ombre. J'avais bien trop peur de m'approcher.

Cependant, alors que Jésus était sur la croix, un changement prit place dans mon coeur. Je Le vis, ses bras étendus comme pour accueillir toute l'humanité. Je le vis souffrir et finalement mourir pour les péchés du monde. Je le vis poser le geste le plus brave que j'aie jamais vu. Il aurait pu descendre de la croix et s'épargner Lui-même toute cette agonie et toute cette douleur, mais Il ne le fit pas. Peut-être est-ce sa bravoure qui a changé ma voix de faiblesse en une voix de courage.

Arès que les soldats romains Lui eurent percé le côté et qu'ils eurent constaté Sa mort, je partis du Golgotha et m'en allai directement à la tour d'Antoine. Je requis une audience avec le gouverneur. A cause de mon rang social dans la communauté juive, ce me fut accordé. En présence de Pilate, je ramassai assez de courage pour demander qu'on me confie la responsabilité du corps de Jésus. Il fut étonné d'apprendre que Jésus était déjà mort. Comme il n'avait jamais voulu avoir rien à faire avec cette question, il accepta de me permettre d'inhumer le corps.

Sans tarder je rejoignis mon ami Nicodème (*) et lui demandai de venir me trouver dans une heure au tombeau de ma famille. Je retournai à Golgotha en possession du document officiel rédigé par Pilate. Je le présentai au centurion, lequel semblait tout bouleversé par les événements, et lui demandai de descendre le corps de Jésus de la croix. Il fit signe à ses hommes et ils s'exécutèrent rapidement. Avec l'aide de quelques amis, nous transportâmes le corps au tombeau tout proche.

Nicodème y était déjà. Il avait apporté avec lui des bandelettes de tissu, des parfums et des aromates, une mixture de myrrhe et d'aloès. Nous n'avons pas embaumé Jésus à la manière des Égyptiens mais nous l'avons simplement enveloppé dans des couches de linges et d'aromates. Le jour avançait et il nous fallait faire vite. Ce serait bientôt le Sabbat et il nous faudrait cesser de travailler.

Notre tombeau familial n'était pas une grotte naturelle, mais il avait été taillé à main d'homme dans le roc solide. Après avoir déposé le corps de Jésus au tombeau, Nicodème et les autres m'aidèrent à rouler une grosse pierre dans l'entrée. C'était une pierre pesante qui ne pourrait pas être facilement déplacée. Plus tard, Pilate fit sceller le tombeau et ordonna que des soldats romains montent la garde devant. Les Juifs voulaient s'assurer que personne ne vole le corps de Jésus.

Je me suis souvent demandé ce qui m'avait donné le courage de faire ce que j'ai fait. J'étais suffisamment au courant de la loi romaine pour savoir que les condamnés à mort perdent le droit d'inhumation. Je savais tout aussi bien que Pilate haïssait les Juifs, même les membres du Sanhédrin. Mais plus que tout, je savais que ceci représentait une aboutissement final pour moi, une rupture avec le Sanhédrin, une rupture avec ma culture et ma tradition, une rupture avec le passé. Je professais ouvertement devant le monde entier, Sanhédrin inclus, que j'étais un croyant en Jésus-Christ. J'étais finalement devenu la voix du courage.

Face au chagrin, il était réconfortant de trouver le courage d'élever la voix au nom de mon Sauveur. Après tout, Il était mort pour moi; je pouvais sûrement vivre pour Lui.





© Tous droits réservés

Toute reproduction interdite, incluant photocopie.

Une production française de

le 20 février 1996
| RETOUR AU TABLEAU DES VOIX |


00[an error occurred while processing this directive]